Par Ass1 MALINIKAZI BYAMUNGU Confiance

BIOGRAPHIE SCIENTIFIQUE DE L’AUTEUR
Assistant, MALINIKAZI BYAMUNGU Confiance, chercheur en criminologie filière sécurité intérieure, est licencié en Droit privé judiciaire (système classique) au grade d’assistant de l’université de martyrs du Congo. Actuellement il assume plusieurs fonctions au vu de ses performances et de ses expériences. Il est secrétaire du département de criminologie à Université de martyrs du CONGO, et Encadrant de plusieurs mémoires de licence, étudiant en master de recherche en criminologie.
a) RESUME
Au moment où la RDC est face à d’énormes cas d’insécurité, un autre problème d’instabilité qui, dans la majorité des provinces du pays et même dans des villes urbaines, devient crucial, est celui du phénomène « enfants de la rue ».
Ce phénomène peut être l’un des facteurs des désordres et de la déstabilisation de l’ordre public bien établi, dans la mesure où un enfant qui passe presque toute sa vie dans la rue, peut être la cause des plusieurs cas des préjudices et des actes illégaux. C’est ainsi que nous procédons à l’étude de la recrudescence de criminalité dû au phénomène « enfants de la rue »en République Démocratique du Congo, précisément dans la commune de KARISIMBI.
De toute évidence, ce thème de recherche intéresse plus d’un chercheur et chacun s’y penche en abordant un aspect spécifique. La revue de la littérature renseigne que la question du phénomène des «enfants de la rue » a été largement discuté et a déjà même fait l’objet d’analyse sous d’autres cieux.
Nous nous préoccupons à démontrer comment ce phénomène est la cause de la recrudescence de la criminalité dans la commune de KARISIMBI, cela comme conséquence déstabilisation de l’ordre public bien établi et d’insécurité. Aussi, dans notre étude nous tenterons de présenter si Le phénomène « enfants de la rue » serait-il la cause de la recrudescence de criminalité dans la commune de KARISIMBI ?, présenté le mode vie de ces enfants et quelque pistes de solutions ?
- LE PHENOMENE « ENFANTS DE LA RUE » DANS LA COMMUNE DE KARISIMBI
Nombreux pensent que quand on est appelé « enfant de la rue », cela veut dire qu’on est né pour demeurer dans la rue. D’où la nécessité de faire une distinction terminologique.
Par rapport à la question de catégories des enfants qu’on peut trouver dans la rue, Combier Annick distingue les enfants de la rue des enfants dans la rue [1]:
Les enfants de la rue ; sont ceux qui passent leurs journées dans la rue et dorment dans la rue. Ils passent leur vie dans la rue et n’ont de compte à ne rendre à personne. En tout cas, à aucun parent et à aucune autorité familiale. Toute leur vie s’organise et se déroule dans la rue.
Les enfants dans la rue ; sont un groupe d’enfants qui se réclament des parents connus. Ils passent leurs journées dans la rue, mendient ou volent ou rendent de petits travaux lucratifs. Au soir de la journée et de leurs activités, ils rentrent sous le toit paternel ou familial ramenant le butin. Ces enfants, selon certaines circonstances, peuvent se retrouver dans la rue et devenir « Shégues ».
SECTION 1. LES CAUSES DU PHENOMENE « ENFANTS DE LA RUE » EN VILLE DE GOMA DANS LA COMMUNE DE KARISIMBI
Par cause on entend une condition nécessaire sans laquelle un comportement ne serait pas manifesté, c’est-à-dire le ce-par-quoi un événement ou une action humaine arrive ou se réalise.[2]
D’où il sera question de scruter les éléments ou les circonstances qui conditionnent réellement l’apparition et la recrudescence des enfants dans la rue dans la commune de KARISIMBI.
Plusieurs causes peuvent être relevées à cet effet, il s’agit principalement de :
- La dislocation des foyers
A l’heure où les familles se disloquent, les criminologues en général et les psychologues en particulier mettent de plus en plus l’accent sur l’influence qu’exerce le milieu familiale, la dislocation du foyer peut exercer une influence fatale sur l’enfant.
L’enfant des divorcés souffre de l’atmosphère de la brutalité et de l’insécurité dans laquelle il vit suite à l’hostilité entre son père et sa mère. Si la séparation des parents est totale, l’enfant souffre soit du manque d’affection soit du manque d’autorité. Ces situations sont de nature à provoquer des réactions antisociales et à rendre difficile une intégration harmonieuse de l’enfant dans la société[3].
Il apparait en premier lieu que, la dislocation des foyers est l’une des causes de la recrudescence des enfants dans la rue. Voici le cas de MUMBERE MWENGESIALI Christian, un enfant de la rue âgé de 17 ans : Se justifie de cette manière
« Mon père souffrait d’une maladie incurable quand j’avais l’âge de 9 ans. Pour ce motif, ma mère n’était pas à mesure de supporter cette maladie et se décidant de quitter son foyer. Ma mère est allée fonder un autre foyer avec un autre homme et ne pouvait nous recevoir chez elle. La famille paternelle s’occupant de nous jusqu’à la mort de mon père. Après le décès de mon père, nous avons été délaissé par la famille paternelle, on ne savait quoi faire ni quoi penser. C’est ainsi que j’ai trouvés mon refuge dans la rue ».
La plus part des enfants de la rue sont victimes de la séparation de leur parents, en plus, sont délaissés par leurs familles (paternelle et maternelle). Pourtant l’article 190 de la loi portant protection de l’enfant stipule ce qui suit : « le délaissement d’un enfant en un lieu quelconque est puni d’un à cinq ans de servitude pénale principale et d’une amende de cent mille à deux cent cinquante mille francs congolais »[4].
- La maltraitance à la maison
La question est de se savoir pourquoi les enfants maltraités ne jouissent pas de la solidarité de leurs proches parents ?
Parfois, quand l’enfant victime dénonce les mauvais traitements qui lui sont infligés, les parents proches se contentent de le blâmer ou le traitant de menteur ou alors, ils l’encouragent à endurer ses souffrances.
ANGELIMO Inès souligne à ce propos que : « l’enfant de la rue est un enfant qui a fui sa maison en réaction à un contexte familial violent ou sans capacité de contenance. L’enfant cumule des sentiments d’hostilité durant des années, il ne se sent ne plus relié à personne. Dans ce climat d’hostilité, ces enfants se résolvent à partir dans la rue, car ils se considèrent comme étant des éléments gênants. Si dès leur départ, les parents ou les membres apparentés ne viennent pas les chercher, ils consolident leurs liens avec la rue ».[5]
A ce sujet, MUHINDO KATALIKO Kelvin âgé de 14 ans, trouvé dans le quartier MAJENGO près du stade DON BOSCO témoigne ce qui suit :
« Je menais une bonne vie à la maison avec mes parents. A la mort de mon père, la vie a profondément changé dans la maison. Finalement ma mère s’était remariée. Mon parâtre ne voulait pas de ma présence à la maison. Ma mère pour préserver son mariage m’a envoyé chez ma grand-mère. Quelques mois après, ma grand-mère est morte du Choléra. Je devrais rentrer chez ma mère malgré l’antipathie de mon parâtre. Ma présence à la maison n’arrangeait pas mon parâtre. Un jour ma mère m’avait confié la clé de la maison pour des travaux ménagers. En faisant la vaisselle, par mégarde, j’ai cassé une assiette en porcelaine. Mon parâtre qui était là, mécontent que j’ai cassé son assiette, s’était Misent crié sur moi. Il m’avait fortement giflé et je m’étais cogné la tête contre le mur et je saignais du nez. Dans sa colère, il ne s’était pas aperçu que je saignais et il a continué à me battre, jusqu’à ce que je me sois sauvé. Quand ma mère est rentrée, elle m’a trouvé avec une figure déformée. Je lui ai relaté ce qui s’était passé. Mais, grande a été ma surprise de voir ma mère s’en prendre elle aussi à moi. A chaque lever du soleil, je savais que mon parâtre m’insulterait ou me frapperait sans cause. Je me plaignais près de ma mère, mais cette dernière ne me soutenait guère. Pire encore, mon parâtre me promettant de me brûler les mains. J’ai alors compris que ma place n’était plus dans cette maison et que je devrais aller vivre dans la rue».
Le droit congolais prévoit qu’aucun enfant ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants[6]. En plus, la charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant prévoit que les Etats parties prennent des mesures législatives, administratives, sociales et éducatives spécifiques pour protéger l’enfant contre toute forme de tortures, traitements inhumains et dégradants, et en particulier toute forme d’atteinte ou d’abus physique ou mental, de négligence ou de mauvais traitements, y compris les sévices sexuels, lorsqu’il est confié à la garde d’un parent, d’un tuteur légal, de l’autorité scolaire ou de toute autre personne ayant la garde de l’enfant[7].
- La précarité socio-économique
La détérioration de la vie économique en RDC explique également le phénomène « enfants de la rue ». En effet, il ressort de nos analyses et recherches que les « enfants de la rue » sont les enfants en situation difficile occasionnée par la pauvreté extrême qu’endurent leurs familles respectives. Les revenus de ménage issus du formel sont insuffisants, l’informel est principale source des revenus. Malheureusement, ces revenus ne peuvent couvrir le logement, l’alimentation, la santé, la scolarisation des enfants, les loisirs et autres besoins.
« Les enfants de la rue sont tous les enfants originaires de familles pauvres, n’ayant pas les moyens financiers de s’occuper d’eux, les parents seraient contraints de les abandonner à la rue »[8].
La commune de KARISIMBI n’échappe point à cette précarité socio-économique où pour le moment beaucoup d’enfants vivent de la mendicité.
A ce sujet, MUGISHO MUBENGWA Jean âgé de 17 ans, un enfant de la rue retrouvé dans le quartier KASIKA témoigne ce qui suit :
« Je suis un natif de Bukavu, orphelin de père, mon père était décédé quand j’avais l’âge de 11 ans. Notre maman n’avait pas des moyens financiers pour répondre à nos besoins. A cause de la pauvreté, la maman décidant de vendre notre parcelle.
C’est ainsi que nous avions quitté Bukavu pour Goma. Arrivé à Goma, la maman avait acheté une autre parcelle. Mais la vie devenait de plus en plus difficile, pire encore, on pouvait faire un jour sans manger, vu la pauvreté chronique, je me suis décidé d’aller débrouiller la vie dans la rue, c’est ainsi que je me retrouve ici dans la rue seul et sans famille ».
La pauvreté déjà bien établie s’est aggravée en raison des combats et a également décimé les familles congolaises. Incapables de nourrir leurs enfants, encore moins de payer leur scolarité, certains parents envoient leurs enfants dans les rues pour mendier ou chercher du travail, ou ils les abandonnent lorsque, confrontées au chômage, ils quittent leurs foyers pour partir en quête d’un emploi dans d’autres villes.
Pourtant, l’article 69 de la loi portant protection de l’enfant prévoit ce qui suit : « les parents incapables d’assurer la survie de leurs enfants bénéficient d’une assistance matérielle ou financière de l’Etat »[9]. Bien qu’il y ait un arrêté interministériel des ministres ayant dans leurs attributions, la famille, l’enfant et les affaires sociales qui fixent les conditions d’interventions à la jouissance de ce droit, son applicabilité reste illusoire en RDC.
- Les enfants accusés de sorcellerie
L’augmentation du nombre d’enfants de la rue est également le résultat des nombreuses accusations de sorcellerie lancée contre des enfants rendus responsables des divers problèmes économiques et sociaux qui accablent les familles.
A Goma, les enfants accusés peuvent faire l’objet de violences verbales et physiques, être délaissés et, parfois, abandonnés par leur famille. A ce sujet, en quitta le quartier NDOSHO Tout près du super marché KIN MARCHE à l’autre côté de la rue la sœur JUDITH nous a communiqué que les accusations de sorcellerie constituaient pour elle, le facteur principal qui lui avait poussée dans la rue
Il est rare que les enfants qui vivent avec leurs deux parents biologiques soient accusés de sorcellerie. Dans les entretiens que nous avons réalisés avec des enfants faisant l’objet d’accusations, tous avaient perdu un ou leurs deux parents et avaient ensuite vécu avec des membres de leur famille étendue confrontés à des problèmes économiques extrêmement difficiles.
Eu égard à ce qui précède, la responsable du centre d’accueil CHILDREN VOICE ajoute ce qui suit :
« Je pense que dans la plupart des cas, les parents ou les tuteurs ne croient pas nécessairement qu’il s’agit de sorcellerie. Ils cherchent simplement une raison pour se débarrasser des enfants, des bouches supplémentaires qu’ils ne peuvent pas nourrir. Les enfants sont les victimes des problèmes sociaux plus larges et du démantèlement de la famille ».
ZIRIMWABAGABO Hope, âgé de 15 ans, a commencé à vivre dans les rues il y a trois ans après avoir été expulsé de chez lui par sa marâtre. Chez sa marâtre, celle-ci l’a accusé de sorcellerie. Il était obligé de manger séparément des autres enfants de la famille et recevait des plus petites portions. Il n’avait pas le droit de s’asseoir près de ses demi-frères et sœurs et dormait tout seul dans un coin de la cuisine. Hope nous a narrés que sa marâtre insistait sur le fait qu’il ne fallait pas qu’il transmette la sorcellerie à ses frères et sœurs. A diverses reprises la nuit, elle l’a frappé sur les mains et le dos avec un balai en me jeta de l’eau mélangé avec du sel pour qu’il avoue être « possédé ». On lui a ordonné de quitter la maison à moins qu’il ne remette les objets matériels qu’il utilisait pour pratiquer la sorcellerie. Ne sachant que faire, et bien évidemment ne possédant pas ce type d’objets, il est parti de chez lui à 12 ans et ainsi devenir enfant de la rue.
Les enfants de la rue peuvent être accusés de sorcellerie pour des multiples raisons. La perte d’un emploi, une maladie ou un décès dans la famille, ou encore de difficultés conjugales peuvent conduire des parents ou des tuteurs à avoir dans leurs enfants la cause de ces problèmes.
Un comportement « inhabituel » des enfants par exemple un comportement agressif, des cauchemars peut déclencher des accusations de sorcellerie (voir l’article 160LPPE).
Ils sont insultés, traités de noms humiliants et incité à se sentir moins qu’humains. Pourtant, la déclaration universelle des droits de l’homme prévoit que nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.[10]
NAMBASHA Benjamin avait douze ans quand il s’est enfui de chez lui pour échapper à la maltraitance. Après le décès de ses parents, il est parti vivre chez son frère aîné, la femme de ce dernier et leurs enfants. Il nous raconté que sa belle-sœur l’accusait d’être responsable de la mort de leur plus jeune fils, décédé peu après sa naissance. Elle a commencé à le maltraiter, ne lui donnant pas la même quantité de nourriture qu’à ses propres enfants. S’il se plaignait, elle le giflait ou le battait avec un manche de brosse. Elle l’insultait, le qualifiait de sorcier et d’assassin. Après qu’elle eut convaincu son mari que Benjamin était responsable de la mort de leur bébé, Benjamin s’est enfui et a commencé à vivre dans la rue.
Les enfants de la rue que nous avons interrogés à propos des accusations de sorcellerie ont exprimé leur confusion et leur frustration face aux accusations et aux mauvais traitements qu’ils ont subis. Beaucoup ont fait part de leur grande tristesse face aux violences commises par les membres de leur famille. A ce sujet, l’article 41 de la constitution stipule que : « l’abandon et la maltraitance des enfants, notamment la pédophilie, les abus sexuels ainsi que l’accusation de sorcellerie sont prohibés et punis par la loi ». La loi portant protection de l’enfant qualifie de telles accusations d’atteintes à l’honneur de l’enfant.
L’article 160 de la LPPE prévoit ce qui suit : « Quiconque impute méchamment et publiquement à un enfant un fait précis qui est de nature à porter atteinte à son honneur et sa dignité est puni de deux à douze moi de servitude pénale principale et d’une amende de deux cents mille à six cents mille franc congolais.
En cas d’accusation de sorcellerie à l’égard d’un enfant, l’auteur est puni de un à trois ans de servitude pénale et d’une amende de deux cents mille à un million de francs congolais.
Le chef du bureau urbain de service genre, famille et enfant explique qu’en ville de Goma, le phénomène « enfant sorcier » se trouve surtout dans la commune de KARISIMBI dans presque tout le quartier…
- Le milieu ou l’influence extérieur
On entend par milieu le mode environnant dans lequel chaque être vivant est appelé à vivre. L’influence qu’exerce cet environnement sur ses habitants est très déterminante sur leur conduite et leur caractère.[11]
On attend par « milieu » un mode ou un environnement dans lequel évolue l’individu. Indiquons que le milieu influe sur l’individu et vice versa. Le milieu situe l’ambiance vécue par l’homme qui lui donne une signification subjective.[12]
En effet, l’adhésion à une bande des enfants de la rue peut être également fonction du milieu malsain dans lequel l’agent évolue et même encore de l’influence des personnes qu’il fréquente. Cette éducation diffuse justifie la désertion du toit familial pour s’associer à une bande des enfants vivant dans la rue.
Le défaut de la scolarisation peut constituer aussi un facteur de l’adhésion aux enfants de la rue. En effet, dans une société morale et moderne, l’école constitue le milieu de premier contact après la famille. La gratuité de l’enseignement primaire[13] et l’éradication de l’analphabétisme prônée par la constitution demeure encore illusoires.
En définitive, une bande des « enfants de la rue » se compose des gens dont l’éducation diffuse à totalement été substituées à quelque chose d’autre.
MUHINDO MULYATA Jean-Louis, âgé de 16 ans explique qu’il était en train de vivre avec sa maman qui n’avait pas des moyens financiers pour lui payer les frais scolaires. Tous les jours on lui chassait de l’école parce qu’il avait même des dettes de l’année antérieure. Quand il quittait l’école, il avait rencontré une bande des jeunes de la rue parmi lesquels il y avait un ami proche à lui qui était membre de cette bande. Ces derniers l’ont conseillé d’abandonner les études et d’être membre de leur bande. Suite à l’influence de son ami, il a abandonné ses études et rejoindre la bande. Ces derniers l’ont initié à prendre l’alcool, la drogue et autres stupéfiants. C’est de cette manière qu’il a même quitté le toit familial et ainsi vivre dans la rue.
Selon le bourgmestre de la commune de KARISIMBI honorable IGNAS SINGIRANGABO David Elie; les causes principales du phénomène enfant de la rue en ville de Goma précisément dans la commune de KARISIMBI sont [14] :
- Le divorce
- Délinquance juvénile
- Catastrophe naturelle
- hérédité
- Phénomène enfant sorcier
- Exode rurale due à la guerre
- La polygamie
- La pauvreté
- Le décès des parents
- Le non divulgation de la loi, etc.
Concernant les causes du phénomène « enfant de la rue », voilà les données qui nous ont été accessibles, mais la liste peut être allongée.
SECTION 2. MODES DE VIE DES ENFANTS DE LA RUE DANS LA COMMUNE DE KARISIMBI
Ils doivent prouver leur endurance physique et morale face aux services corporels infligés dès leur arrivée par les occupants de la rue.
- Le rite d’intégration
Vu de l’extérieur, la rue paraît être ouverte au refuge de tous les enfants. C’est une vision biaisée. Tout enfant qui décide d’élire domicile dans la rue doit accepter d’endurer les atrocités qui y permettent son intégration. Ayant fui le cadre familial à la suite d’un cumul des mauvais traitements, il se retrouve dans la rue où il est accueilli par la violence des enfants de la rue.
Le cas de rite d’intégration de MUMBERE MWENGESYALI Christian :
« Un soir, j’ai fui la maison et je me suis décidé à aller vivre dans la rue. Ce jour-là, je ne savais où aller. Alors, je me suis rendu au stade AFIA pour y passer la nuit. Vers 20 heures, je dormais quand un groupe de jeunes m’a réveillé avec brutalité. Sans me demander quoi que ce soit, l’un d’eux m’a fortement giflé et je suis tombé. Avec le concours des autres, il m’a introduit dans un sac et ils commencèrent à me donner des coups de pieds comme s’ils jouaient au football. Je criais, mais personne ne venait à mon secours. [15]
L’un d’eux est venu me tirer du sac, je saignais du nez. Quand ils m’ont relâché je ne pouvais plus marcher. Le jour suivant quand mes persécuteurs m’ont revu, ils étaient étonnés que je ne sois pas rentré à la maison après tout ce qu’ils m’avaient fait subir la nuit précédente. Le chef de bande répondant au nom de « Noiré », m’a tendu la main en me disant que je pouvais vivre dans la rue car j’avais un cœur dur et il m’a associé à son groupe »
Ce témoignage montre les violences que les enfants de la rue font subir aux nouveaux venus. Ces violences en forme de rite d’intégration se passent la nuit car c’est à ce moment que les habitués de la rue peuvent constater l’arrivé de nouveaux fugueurs. C’est ça la rue, tu seras couramment battu et il te faut beaucoup d’endurance pour survivre dans cette vie. « Quand tu voleras, on te battra, alors, il faut que tu sois immunisé contre la douleur » Explique Christian.
En ce qui concerne les filles, la plus part des sévices qui leur sont infligés sont sexuels. Dénudées, humiliées et violées, tel est le sort qui leur est réservé. Mais elles sont aussi torturées, il arrive que les habituées leur brûlent les petites lèvres du vagin à l’aide d’une cigarette. Ces pratiques ne tiennent pas compte de l’âge de l’ « initié ». Ainsi dit MUMBERE MWENGESYALI Christian (enfant de la rue).
- La vie en bande
La survie dans la rue exige une organisation judicieuse pour se protéger contre les intempéries, les tracasseries de tout genre.
La vie en bande permet une prise en charge de chacun par la bande.
« Dans la rue, la bande dont tu es membre, c’est ta nouvelle famille. Elle te protège et t’apporte dans la mesure du possible ce que tu désires. Surtout quand on a plus de famille biologique », raconte MUMBERE MASIMENGO Eliance. Quelques membres de son groupe dans le quartier l’encouragent : « En effet, vivre en groupe dans la rue vaut mieux qu’être seul ».
« La rue n’a point d’enfant » disent les gens, mais elle a une éducation propre à elle. Selon Christian, le respect c’est la clé pour s’intégrer dans n’importe quel groupe. « Le respect dans la vie de la rue consiste à exécuter sans discussion ce qu’un membre plus âgé que toi te demande de faire. Même s’il faut faire du mal ! il faut aussi savoir témoigner du respect dans son langage en utilisant des mots polis quand tu t’adresses à un membre plus âgé du groupe », explique Christian un enfant de la rue.
« Grand-maître », « Mokonzi », « chef », «major », « Mukubwa ou Grand-Yangu » (ainés) sont parmi les nombreux termes polis et populaires dans la rue, utilisés par ces enfants quand ils se parlent.
- Leur mode de protection
Ce n’est pas pour rien que plusieurs enfants de la rue sont identifiables par leurs tatouages et cicatrices au visage et autres parties du corps. On constate des plaies fraîches un peu partout sur leur corps chaque fois qu’ils viennent de se battre. Ils portent aussi des tatouages effrayants. Leur voix change brusquement selon le contexte.
Parfois, la base augmente, la voix change brusquement plus lourde et grave. Un seul objectif : créer de la frayeur psychologique auprès d’une probable victime ou d’un adversaire.
« Chaque soir, on se rencontre dans notre refuge. Comme les autres, je donne une part d’argent issu du vol à la tire au chef du groupe. Ça s’appelle « pesa rapport » (donner le rapport) et c’est la garantie de ma protection au sein de la bande. Personne ne peut me faire du mal ! » Témoigne Christian.
Pourtant, ces enfants ont des droits constitutionnels, tels que le droit à la protection et à l’éducation. Selon l’article 41 de la constitution, « les pouvoirs publics ont l’obligation d’assurer une protection aux enfants en situation difficile »[16]. Hélas! Rien n’est fait pour ces enfants, bien que tous les enfants sont égaux devant la loi et ont droit à une égale protection[17].
- Les moyens pour la survie
Des enfants, dont on ne connaît pas vraiment le nombre, errent tous les jours dans les rues, affrontant des affres d’un milieu hostile et prêts à tout pour survivre. Les histoires de ces enfants sont tantôt révoltantes, tantôt touchantes. Plongée dans la ville de Goma précisément dans la commune de KARISIMBI où se prostituer est parfois une nécessité, se droguer un mal nécessaire et la violence monnaie courante.
«Dans la jungle, seuls les plus forts survivent », cette assertion prend tout son sens dans la rue. Dans la vaste fourmilière qu’elle constitue et où se prostitués, drogués, Prendre la boisson alcoolique et pickpockets, tous les moyens sont bons pour survivre. A ce sujet, un enfant de la rue répondant au nom de Christian explique ce qui suit : « Pour survivre dans notre bande, on se partageait à 4 groupes :
- Les voleurs de la nuit
Ce groupe est subdivisé en deux sous-groupes :
- Le jeu de Muyomba : sont ceux-là qui extorquent les biens des passants (population) la nuit.
- Les pipaneurs : actuellement ils sont appelés « 40 VOLEURS » ceux-ci sont des voleurs en main armée.
- Les pickpockets : sont ceux qui partent en ville pour voler les biens et argents des habitants. Les pickpockets utilisent le jeu de deux-doigts pour soutirer de l’argent dans les poches des habitants.
- Les Kihunza : sont ceux qui volent les biens (souliers, écrans, habits et autres) en ville mais aussi dans des quartiers, mais la nuit ils dorment.
- Le jeu de ligar : ceux-ci arrivent dans une alimentation ou une boutique, l’un demande les prix des biens au vendeur et entre-temps l’autre est en train de voler. Les membres de ce groupe marchent toujours deux à deux.
Joseph faisait membre du premier groupe et pouvait jouer tous les deux rôles (celui du jeu de Muyomba et celui des pipaneurs).
Avant d’aller opérer, ils se droguent, prennent de l’alcool et autres stupéfiants dans l’objectif de chasser le sentiment de pitié.
Il est vrai que la consommation de ces produits place l’agent dans un état de délire et de dépression mentale, modifiant automatiquement et négativement son humeur, enleva de la personne toute compassion et pitié pouvant freiner le passage à l’acte.[18]
Par ailleurs, n’ayant pas d’accès assuré à l’alimentation, au logement ou d’autres besoins élé mentaires, ils sont exploités par les adultes et d’autres qui les utilisent pour des activités illégales au détriment de leur bien-être, en violation de leurs droits humains fondamentaux. Ces enfants sont utilisés comme porteurs, vendeurs, nettoyeurs, etc.[19]
Certains enfants de la rue nous ont raconté qu’ils étaient utilisés par des adultes pour effectuer des travaux dangereux ou illégaux tels que la prostitution pour les filles, la vente de drogues et d’alcool. Les moins âgés se livrent à la mendicité. Pourtant les articles 59 et 61 de la LPPE interdisent ces genres de comportements. Article 59 : « Il est interdit d’utiliser l’enfant dans les différentes formes de criminalité y compris l’espionnage, le fait de lui inculquer le fanatisme et la haine, de l’initier et l’inciter à commettre des actes de violence et de terreur ». Article 61 : « Sans préjudice des dispositions du Code pénal, l’enfant est protégé contre toutes les formes d’exploitation et de violences sexuelles ». Sont interdits, notamment :
- l’incitation, l’encouragement ou la contrainte d’un enfant à s’engager dans une activité sexuelle ;
- l’utilisation, le recrutement ou l’offre d’un enfant à des fins de pédophilie ;
- la diffusion de films pornographiques à l’intention des enfants ;
- l’exposition d’un enfant à des chansons et spectacles obscènes.
L’enfant est protégé de toute forme d’exploitation économique et de l’exercice d’un travail qui comporte probablement des dangers ou qui risque de perturber l’éducation de l’enfant ou de compromettre sa santé ou sont développement physique, mental, spirituel, moral et social.[20] L’article 32 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant, interdit aussi ces genres d’exploitation.
D’autres personnes les payent souvent très peu pour des longs horaires de travail et tâches physiquement éprouvante.
L’article 58 de la loi portant protection de l’enfant interdit ce genre d’exploitation. L’article précité énonce ce qui suit : « l’enfant est protégé contre toutes les formes d’exploitation économique. L’exploitation économique s’étend de toute forme d’utilisation abusive de l’enfant à des fins économiques. L’abus concerne notamment le poids du travail, l’insuffisance ou l’absence de la rémunération, l’entrave du travail par rapport à l’accès à l’éducation, au développement physique, mental, moral, spirituel et social de l’enfant.[21]
Les enfants de la rue vivent comme de nomade. Ils dorment dans des vieux bâtiments inachevés, dans des kiosques, dans des stades, devant des boutiques et quelque fois dans des hôtels.
A ce sujet, KEITA MAMADU François explique ce qui suit : « Quand j’ai trouvé peu d’argent, je dors dans un hôtel. Dans le cas contraire, je passe mes nuit dans la stade afia, dans des chantiers, dans des marchés etc ». (François, enfant de la rue âgé de 17 ans).
II. LA CRIMINALITE DES ENFANTS DE LA RUE DANS LA COMMUNE DE KARISIMBI
SECTION 1. DE L’INVENTAIRE DES MANQUEMENTS COMMIS PAR LES ENFANTS DE LA RUE
Dans ce paragraphe nous présentons l’inventaire des actes qualifiés d’infractions commis par les enfants de la rue au niveau de la police (A), et au niveau du tribunal pour enfants (B).
A. Au niveau de la police spécial en matière de protection de l’enfant et prévention des violences sexuelles (PEVS)
Le tableau ci-dessus reprend les faits incriminés dont les enfants de la rue sont auteurs au niveau de la PEVS de 2020 à Janvier 2023.
Tableau I :
| N° | Préventions | 2020 | 2021 | 2022 | 2023 | Total |
| 1 | Coups et blessures volontaire | 32 | 20 | 32 | 44 | 128 |
| 2 | Viol | 44 | 66 | 14 | 46 | 170 |
| 3 | Vol simple | 32 | 21 | 31 | 66 | 140 |
| 4 | Vol qualifié | 30 | 11 | 22 | 65 | 120 |
| 5 | Epreuve superstitieuse | 11 | 10 | 10 | 10 | 40 |
| 6 | Enlèvement d’enfant | 21 | 51 | 40 | 20 | 32 |
| 7 | Atteinte involontaire à l’intégrité physique | 120 | 103 | 107 | 111 | 441 |
| TOTAL | 290 | 282 | 255 | 362 | 1071 | |
Source : registre de la police spéciale en matière de protection de l’enfant et prévention des violences sexuelles.
Une fois que l’OPJ de la police spéciale est saisie d’un fait, il doit dresser un PV, ensuite déférée le dossier au tribunal pour enfant dans les 48 heures qui suivent. A cet effet, il sied de vérifier si combien de dossiers ont été déférés au tribunal pour enfant au cours des années 2020 à Janvier 2023.
B. Au niveau du tribunal pour enfant
Signalons qu’il est créé, dans chaque territoire, commune et dans chaque ville, une juridiction spécialisées dénommée tribunal pour enfant conformément à l’article 149 ; alinéa 5 de la constitution.[22]
L’article 94 de la même loi portant protection de l’enfant précise que, le tribunal pour enfant n’est compétent qu’à l’égard des personnes âgées de moins de 18 ans. L’enfant âgé de moins de 14 ans bénéficie, en matière pénale, d’une présomption irréfragable d’irresponsabilité. C’est pourquoi, le tribunal pour enfant est compétent de juger les personnes de plus de 14 ans et de moins 18 ans.
Le tableau ci-dessus présente les cas des faits qui ont incriminés les enfants de la rue au niveau du tribunal pour enfant.
Tableau II :
| N° | PREVENTIONS | 2020 | 2021 | 2022 | Total |
| 1 | Vol qualifié | 10 | 10 | 31 | 50 |
| 2 | Recel d’objets | 4 | 0 | 41 | 45 |
| 3 | Associations des malfaiteurs | 10 | 10 | 42 | 62 |
| 4 | Viol | 0 | 0 | 15 | 15 |
| 5 | Enlèvement | 11 | 11 | 20 | 44 |
| 6 | Avortement criminel | 0 | 1 | 11 | 12 |
| 7 | Participation au mouvement insurrectionnel | 9 | 6 | 15 | 30 |
| 8 | Coups et blessures volontaires | 17 | 30 | 31 | 72 |
| 9 | Détention du chanvre à fumer | 20 | 10 | 20 | 50 |
| 10 | Meurtre | 7 | 3 | 11 | 21 |
| 11 | Vol simple | 30 | 21 | 44 | 65 |
| TOTAL | 118 | 102 | 228 | 466 |
Source : ces données ont été puisées à la greffe du tribunal pour enfant.
Signalons que la statistique policière est élevée par rapport à la statistique judiciaire parce que la loi N° 09/001 du 10 janvier 2009 prévoit la médiation qui est un mécanisme qui vise à trouver un compromis entre l’enfant en conflit avec la loi ou son représentant légal et la victime ou son représentant légal ou ses ayants droit, sous réserve de l’opinion de l’enfant intéressé dument entendu[23].
La médiation a pour objectif d’épargner l’enfant des inconvénients d’une procédure judiciaire, de mettre fin au trouble résultant du fait qualifié d’infraction à la loi pénale, et de contribuer ainsi à la réinsertion de l’enfant en conflit avec la loi (Article 133 de la LPPE). Grâce à la médiation, beaucoup des actes commis par les enfants de la rue ne sont pas déférés au tribunal.
En se référant aux tableaux dans les pages précédentes, il a été constaté qu’à 2021 et 2022 beaucoup des cas (actes), ont été enregistrés. Il ressort de ces tableaux que le fait avec lequel les enfants de la rue sont les plus en conflit avec la loi c’est les coups et blessures volontaire.
Retenons que derrière toute criminalité déclarée il y a toujours un chiffre noir, c’est-à-dire la statistique des tableaux présentés dans les pages précédentes ne signifie pas que tous les faits ont été enregistrés. Il y a lieu de trouver que cette statistique est insignifiante par rapport à la réalité parce que, il y en a beaucoup d’autres faits qui échappent au contrôle des organes compétents.
Nous affirmons sans doute et sans être contredit que le phénomène « enfant de la rue » constitue la cause de la recrudescence de la criminalité en RDC au Nord-Kivu, dans la ville de Goma dans la commune de KARISIMBI. A cet effet, il sied de donner la nature des infractions commises par ces enfants.
SECTION 2. LA NATURE DES INFRACTIONS COMMISES PAR LES « ENFANTS DE LA RUE »
En effet, en se référant aux données que nous avons obtenues au niveau de la police et du tribunal pour enfant, les enfants de la rue commettent des infractions contre les personnes (A) et contre les propriétés (B).
A. Les infractions contre les personnes
Les infractions contre les personnes constituent un groupe de comportements que le monde politique et judiciaire s’attache particulièrement à combattre.
Il s’agit des actes qui portent atteinte à l’intégrité physique ou morale des citoyens. Le titre Ier du code pénal énumère ces infractions. Le cas du viol, coups et blessures volontaires etc.
B. Les infractions contre les propriétés
Les infractions contre les propriétés s’entendaient de la soustraction ou de leur détérioration, il doit y avoir une atteinte matérielle portée directement à la propriété. Le titre II du code pénal énumère ces infractions. Le cas de vol simple et qualifié, le recel d’objets etc.
SECTION 3. LES DECISIONS PRISES PAR LE JUGE A L’EGARD DES ENFANTS EN CONFLIT AVEC LA LOI
Avant d’y arriver, il sied de parler des modes de saisine du TPE. Signalons que, le tribunal pour enfant est saisi par[24] :
- la requête de l’officier du ministère public du ressort dès qu’il a connaissance des faits portés contre l’enfant ;
- la requête de l’officier de police judiciaire dès qu’il a connaissance des faits portés contre l’enfant ;
- la requête de la victime ;
- la requête des parents ou du tuteur ;
- la requête de l’assistant social ;
- la déclaration spontanée de l’enfant ;
- la saisine d’office du juge.
Lorsque le tribunal est saisi par l’officier de police judiciaire, celui-ci en informe immédiatement l’officier du ministère public du ressort.
Après la comparution des parties, lorsque les faits sont établis et que l’enfant en conflit avec la loi est coupable des allégations portées contre lui, le juge peut, dans les huit jours qui suivent la prise en délibéré de la cause, prendre l’une des décisions suivantes [25]:
- réprimander l’enfant et le rendre à ses parents ou aux personnes qui exercent sur lui l’autorité parentale en leur enjoignant de mieux le surveiller à l’avenir ;
- le confier à un couple de bonne moralité ou à une institution privée agréée à caractère social pour une période ne dépassant pas sa dix-huitième année d’âge ;
- le mettre dans une institution publique à caractère sociale pour une période ne dépassant pas sa dix-huitième année d’âge ;
- le placer dans un centre médical ou médico-éducatif approprié ;
- le mettre dans un établissement de garde et d’éducation de l’Etat pour une période ne dépassant pas sa dix-huitième année d’âge.
La mesure prévue au point 3 ne s’applique pas à l’enfant âgé de plus de seize ans. Notons que les articles 114 à 122 de la loi portant protection de l’enfant détaillent les mesures de placement de l’enfant en conflit avec la loi.
Dans le cas où le juge ordonne le placement de l’enfant dans un établissement de garde et d’éducation de l’Etat, il peut prononcer le placement avec sursis pour une période qui n’excède pas sa majorité et une infraction punissable au maximum de cinq ans de servitude pénale principale (Art 114 LPPE). Si l’enfant a commis un manquement qualifié d’infraction à la loi pénale punissable de plus de cinq ans de servitude pénale et qui n’est pas punissable de la peine de mort ou de servitude pénale à perpétuité, le juge peut, s’il le met dans un établissement de garde et d’éducation de l’Etat, prolonger cette mesure pour un terme qui ne peut dépasser sa vingt-deuxième année d’âge. A sa dix-huitième année d’âge (18ans), l’intéressé devra être séparé des enfants, au sein du même établissement de garde et d’éducation de l’Etat (prison), sur décision du juge, à la demande de l’autorité de l’établissement de garde (Art 115 LPPE). Si le manquement qualifié d’infraction est établi, le juge met les frais à charge des personnes civilement responsables et, s’il y a lieu, les obligent aux restitutions et aux dommages et intérêts (Art 119 LPPE). Les frais d’entretien et d’éducation de l’enfant résultant des mesures prononcées par le tribunal sont à charge des personnes qui lui doivent des aliments, si elles sont solvables. A défaut, ils sont à charge de l’Etat (Art 121 LPPE). La décision du juge est motivée. Elle est prononcée en audience publique.
Notons que les « enfants de la rue » commettent toutes les infractions qu’un homme adulte peut commettre, cela est le résultat de l’éducation de la rue.
SECTION 3. ETUDE CORRELATIVE DES MODES DE VIE DES ENFANTS DANS LA RUE ET LA CRIMINALITE DANS LA COMMUNE DE KARISIMBI.
Dans ce point, il sied de démontrer une corrélation qui existe entre les modes de vie des enfants dans la rue et la criminalité en ville de Goma dans la commune de KARISIMBI Nous démontrons comment la présence de la liberté dans la rue (1), et la prise de contact avec d’autres délinquants expérimentés (2) contribuent à un comportement déviant pour les enfants qui habitent au sein de la rue.
1. LA LIBERTE DE L’ENFANT DANS LA RUE
Il sied de démontrer comment la liberté contribue à un comportement déviant pour les enfants qui habitent au sein de la rue.
En effet, l’éducation de la rue est dangereuse pour les enfants. En traînant dans la rue, l’enfant découvre un mode à part qui ne ressemble ni à la vie de famille ni à la vie scolaire.
La présence de la liberté engendre le manque de contrôle, c’est ainsi que l’enfant ne subit aucune contrainte et risque de prendre goût à cette fausse liberté qui peut le conduire dans des situations dangereuses. A ce sujet le professeur Charles KAKULE KALWAHALI démontre que : « les enfants vivant hors de la famille, c’est-à-dire hors d’une atmosphère de sécurité vont s’affirmer à l’encontre de l’insécurité de la rue et acquérir des systèmes défenses et d’opposition à l’égard de la société »[26] et ainsi poser des actes criminels.
Le manque de contrôle familial a parfois pour effet que les enfants se détournent de la société, de son organisation et de ses normes. Dans la rue l’enfant imite par exemple les individus qu’il côtoie et tout ce qu’il voit autour de lui, que ce soit bon ou mauvais (façon de parler, style vestimentaires, consommation du tabac, l’alcoolisme, etc). Le pire, comme c’est le cas général, est qu’il en arrive jusqu’à la violence et ainsi poser des actes criminels (être en conflit avec la loi).
Abandonnés à leur triste sort, les enfants dans la rue deviennent un grand danger pour la société. On sait comment on devient enfant de la rue, mais rarement comment on en sortira un jour. Sans parents, ces enfants n’ont aucun responsable pour veiller sur eux. L’Etat ne s’en préoccupe pas. Survivre dans la rue, c’est la première leçon qu’ils apprennent. Par ailleurs, quand ils trainent dans les rues, ils découvrent un mode différent qui ne correspond ni à la vie scolaire ni à la vie familiale. Et avec les mauvaises fréquentations, les enfants de la rue, même les plus petits se laissent facilement influencés par la consommation des drogues, d’alcools et autres stupéfiants.
Dans ces conditions ces enfants deviennent très dangereux car, la liberté, le non encadrement, la prise des contacts avec des experts criminels et la recherche des moyens de survie poussent ces enfants à des activités délictueux (vol, viol, tueries, assassinat, enlèvement etc) et ainsi devenir source de la recrudescence de la criminalité. Ils utilisent plusieurs stratégies légales ou illégales pour assurer leurs survies. Par ailleurs, ces enfants sont aussi victimes de violence et d’exploitation. Ils sont souvent exploités par des malfaiteurs, des commerçants malhonnêtes, des pédophiles et sont maltraités par des policiers. La conséquence de cette situation est pourtant dangereuse car, ces enfants sont exposés à tous les travers sociaux.
Eu égard à ce qui précède, Gabriel Tarde (1843 – 1904) cité par le professeur Charles Kakule KALWAHALI, a posé la loi fondamentale, et d’ailleurs discutée, de l’imitation. Le milieu social agit sur l’individu parce que tout est affaire de relations individuelles et que l’individu imite la conduite des autres. Cette fausse liberté conduit l’enfant de prendre des contacts avec d’autres experts criminels et ainsi devenir source de la recrudescence de la criminalité.
2. LA RUE, LE LIEU DE RENCONTRE ET DE FORMATION CRIMINELLE
La rue est le cœur et le résumé de l’espace public, le lieu de toute les exclusions et l’on parle alors des « enfants de la rue » pour qualifier les « shégues ou phaseurs » ou ceux qui sont « jetés à la rue » pour évoquer les sans domiciles fixe. Les « enfants de la rue » reflètent l’image de l’échec d’une société à donner place et avenir à chacun de siens.
Dans la rue, l’enfant ne peut vivre seul car la survie dans la rue exige une organisation judicieuse. La première stratégie de survie d’un enfant lorsqu’il arrive en rue est le regroupement. Vivant sans assistance des parents, la rue forme une véritable sous-culture (où tous les coups sont permis pour la survie). Dans une bande, chaque enfant à un rôle à jouer pour contribuer à la survie du groupe (nouvelle identité pour l’enfant) ; c’est ainsi que l’enfant sera former par d’autres délinquants expérimentés. Cette formation serait encore très dangereuse pour l’enfant, car ce dernier arrive à copier le comportement aberrant de ses prédécesseurs et ainsi acquérir des multi-systèmes des défenses et oppositions à l’égard de la société enfin d’être en conflit avec la loi.
A ce sujet, Emile Durkeim recherche dans le milieu social les causes des faits criminels et insiste sur le degré d’intégration au groupe comme élément déterminant du comportement[27].
Comprenons donc que, le comportement criminel se détermine par un processus d’association avec ceux qui commettent des délits et considèrent cette attitude comme régulière, c’est-à-dire que le comportement criminel est appris. A cet effet, SUTHERLAND cité par le professeur Charles KAKULE KALWAHALI, énonce ce qui suit : « on ne naît pas criminel, on le devient au contact avec d’autres personnes »[28].
Retenons donc que, le comportement individuel est le résultat d’un processus de communication à l’intérieur du groupe où l’individu se conforme à l’interprétation qui y est donnée.
Tenant compte de nos analyses et informations obtenues sur terrain, nous confirmons qu’il existe des liens entre les modes de vie des enfants dans la rue et la criminalité en ville de Goma dans le quartier MAJENGO. Ce résultat nous pousse à confirmer notre hypothèse comme énoncées au départ qu’il se pourrait que la présence de la liberté, le non encadrement, la prise des contacts avec des criminels professionnels et la recherche des moyens de survie soient les facteurs qui poussent ces enfants dits de la rue, d’acquérir des multi-systèmes des défenses et d’oppositions à l’égard de la société qui les rejette poser ainsi des actes criminels (être en conflit avec la loi).
SECTION 4. LES CONSEQUENCES DES MODES DE VIE DES ENFANTS DANS LA RUE
Dans ce point, nous donnerons les conséquences individuelles du phénomène sur l’enfant (1.), ensuite donnerons les conséquences sociales du phénomène enfant de la rue (2).
1. LES CONSEQUENCES INDIVIDUELLES DU PHENOMENE SUR L’ENFANT
Les enfants de la rue ont un complexe d’infériorité. Les attitudes souvent négatives adoptées à leur égard les poussent à conclure qu’ils ne sont pas aimés. D’une maison à la rue, il y a tout un bouleversement des habitudes. C’est ainsi qu’ils posent des actes contraires à leur conscience (contra-legem) pour raison de survie, et ainsi être en conflit avec la loi.
L’enfant de la rue est exposé à toute sorte de travaux qui comportent des risques qui peuvent nuire à sa santé, à son développement physique, mental, spirituel, moral et social.
2. LES CONSEQUENCES SOCIALES DU PHENOMENE « ENFANT DE LA RUE »
Les enfants de la rue accusent toujours leur famille d’être à la base de leurs difficultés. Pour ce motif, il y a rupture des relations affectives avec leurs familles d’origine. L’impatience et l’impossibilité pour eux de se soumettre à une vie réglementée les poussent à des actes délictueux. Le fait qu’ils soient vus par le reste de la population comme des enfants déviants, errants dans la rue au lieu d’être dans leurs familles, consommant de la drogue et vivant de vols, trouble leurs rapports avec le reste de la société. Faisant l’objet de méfiance ou d’indifférence, et de violence de la part de la société, ces enfants ne sentent aucun devoir envers cette société qui les rejette. C’est ainsi qu’ils constituent une menace et un danger pour la société.
Le phénomène « enfant de la rue » en ville Goma est l’une des formes de violence les plus visibles et nuisibles de nos jours, remettant en cause la mission étatique précieuse, celle de sécuriser la population et ses biens. Cette violence entraîne des préjudices graves non seulement pour les victimes, mais aussi par les familles, les amis et les communautés. Les « enfants de la rue » violentent et commettent fréquemment toute une série de délits et manifestent d’autres problèmes sociaux et psychologique.
SECTION 5. QUELQUES PISTES DES SOLUTIONS
En effet, au regard du résultat obtenu, il nous est opportun, pour l’éradication de ce phénomène Dans la commune de KARISIMBI de suggérer les pistes de solution suivantes pour l’avenir de notre bon pays:
1. A l’Etat Congolais :
- de veiller sur l’application de la loi n° 09/001 du 10 janvier 2009 portant protection de l’enfant ;
- de mettre en place des conditions de paix, de sécurité et de tranquillité afin d’éviter la déchirure du tissu familial ;
- protéger la famille en sa qualité de cellule de base de la société ;
- d’assurer le développement des conditions de vie des familles en mettant en place des mesures efficaces de lutte contre la pauvreté
- construire et bien organiser les centres aéré[29] ou maisons de garde d’enfants en conflit avec la loi.
2. Aux familles :
- d’assumer leur responsabilité parentale quel que soit le coût de la vie,
3. Aux ONG :
- de rentabiliser ses activités de protection de l’enfant pour bien impacter sur la vie de ces enfants en les faisant sortir de la rue,
4. Aux confessions religieuses
- de cesser de traiter les enfants comme des sorciers ou possédants les mauvais esprits ou démoniaques.
Nous voici clore notre article qui a porté sur « le phénomène enfant de la rue comme cause de la recrudescence de criminalité dans la ville. Toutes nos hypothèses ont été affirmées. Ceci nous fait un grand plaisir d’être parvenu aux objectifs que nous nous sommes assignés.
L’objectif global était de démontrer comment le phénomène « enfant de la rue » peut être la cause de la recrudescence de criminalité, surtout du sous-développement d’un état et le rôle que joue l’état congolais pour être responsable de ce phénomène enfant dans la rue.
Ce présent article parlant du phénomène enfant de la rue dans la commune de KARISIMBI et.
Ainsi, deux types des questions ont formé notre problématique d’où une question globale suivie de trois questions spécifiques auxquelles on a réservées des réponses provisoires pour nous permettre de bien mener notre recherche scientifique
Il est nécessaire de dire que la vérification de nos hypothèses nous a poussé à utiliser certaines méthodes et techniques qui sont : la méthode juridico-sociologique ; la méthode exégétique ; ainsi que la méthode fonctionnelle ; mariées avec la technique documentaire et la technique de questionnaire administré sous forme d’interview direct ; qui nous a faciliter d’entre en contact avec nos enquêtés.
C’est ainsi que nous avons abouti aux résultats qui suit :
- il se pourrait que la présence de la liberté, le non encadrement, la prise de contact avec des criminels professionnels et la recherche de moyen de survit soient les facteurs qui poussent les enfants dit de la rue, d’acquérir des systèmes des défenses et d’oppositions à l’égard de la société qui les rejette et poser ainsi des actes criminels. Pour mettre fin au phénomène enfant de la rue, nous proposons ; d’ouvrir des centres des formations, et de voir comment réinsère ses enfants dit de la rue sur les toits familials, demande à l’état de veiller sur le respect de droits et devoirs des enfants tel que le dit la loi n°09/001 du 10janvier 2009 portant protection de l’enfant.
- ce qui justifie la présence des enfants dans la rue est due la catastrophe naturelle, dislocation de foyer, la guerre, la pauvreté et l’influence extérieur ou l’entourage.
- Le fait de passé presque tous les séjours dans la rue sans travail ni domicile, ils doivent avoir quelques manquements tels que ; manquent de nourritures, habits et de quelques soins médicaux suite à ceci ils leurs poussent à crées un système de défense c’est ainsi qu’ils parviennent à faire de dégâts, d’être en conflit avec la loi, commettre de crime, d’adhère à des groupes de malfaiteurs, tuer, vols, viols et troubler l’ordre public… toutes nos hypothèses ont étés affirmées.
Enfin nous ne pouvons pas prétendre avoir analysé tous les aspects de ce thème et loin de nous toute prétention de perfection. Toutefois, nous osons croire avoir posé un jalon sur base de laquelle d’autres chercheurs pourront partir dans les activités de recherche scientifique.
BIBLIOGRAPHIE
- TEXTES LEGAUX
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant de 1989 ;
- la charte africaine des droits et du Bien-être de l’enfant ;
- Constitution du 18 février 2006 révisée par la loi n°11/002 du 20 janvier 2011 portant révision de certains articles de la constitution, JORDC, Kinshasa, 52ème Année, numéro spécial du 5 février 2011 ;
- La loi n°09/001 du 10 janvier 2009 portant protection de l’enfant.
II. OUVRAGES
- DURKHEIM, E., Le suicide, Paris, 1897 ;
- RAYMOND GASSIN, Criminology, Dalloz, Paris, 1988;
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- ROBERT, P., Le nouveau Petit Robert de la langue française, 2009, Paris ;
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- TOWISEND, P., la guerre aux enfants, éd. France, Loisir, Paris 1979 ;
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- J. CLAUDE SOYER, droit pénal et procédure pénale, 4e éd, LGDJ, 1976 ;
- Gibert Clarey, Le Robert, Paris, XIème édition Larousse, 2002 ;
- JEAN LARGUIER, criminologie et sociologie pénitentiaire, 5e éd, éd Dalloz, Paris 1985
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- Dictionnaire Universelle, éd. Hachette, Paris, 2010 ;
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- Radio Okapi.net ;
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- BBC New afrique « La jeunesse » du 21 septembre 2022 Sur Www.bbc.Com.
Par Ass1 MALINIKAZI BYAMUNGU Confiance
[1] ANNICK, C., Op.cit, Paris, 1994, p24
[2] ROBERT, P., Le nouveau Petit Robert de la langue française, 2009, Paris, p369
[3] KAKULE KALWAHALI, C., Cours de criminologie générale, 3e graduat, UOR, inédit, 2014, p46
[4] Article 190 de la loi N° 09/001 du 10 janvier 2009 portant protection de l’enfant
[5] ANGELINO INES, L’enfant, la famille, la maltraitance, éd. Dunod, Paris, 2004.p7
[6] Article 9 de la loi N° 09/001 du 10 janvier 2009 portant protection de l’enfant.
[7] Article 16 de la CADBEE
[8] PIROT, B., Op.cit, p61
[9] Article 69 de la loi N° 09/001 du 10 janvier 2009 portant protection de l’enfant
[10] Article 5 de la DUDH
[11] PINATEL, J., et BUZAT, P., Traité de droit pénal et criminologie, éd. Dalloz, Paris, 1963, p43
[12] IDZUMBUIR ASSOP, cours de criminologie, 3e graduat, UNIKIN, Kinshasa, 2009 – 2010, inédit, p37
[13] Article 41 de la constitution révisée du 18/02/2006 de la RDC
[14] Interview N° 8 avec Monsieur administrateur de la commune LE 10/05/2023
[15] Interview N°7 ; L’enfant AKONKWA MASTAKI Josué interviewé La nuit du 14/07/2022
[16] Article 41 de la constitution révisée du 18/02/2006 de la République démocratique du Congo
[17] Article 4 de la LPPE
[18] IDZUMBUIR ASSOP, Op.cit, p65
[19] Interview N° 8 avec Monsieur le chef de quartier du quartier Majengo faite LE 10/05/2023.
[20] Article 15 de la CADBEE
[21] Article 58 de la loi N° 09/001 du 10 janvier portant protection de l’enfant
[22] Article 84 de la loi N° 09/001 du 10 janvier 2009 portant protection de l’enfant.
[23] Ibidem, Article 132
[24] Ibidem, article 102
[25] Ibidem, article 113
[26] KAKULE KALWAHALI, C., Op. cit, P43
[27] DURKHEIM, E., Le suicide, Paris, 1897
[28] SUTHERLAND cité par KAKULE KALWAHALI, C., Op.cit, P26
[29] Selon le dictionnaire ; les centres aéré
